
La télévision dans la loge à ce moment là passa un écran de publicité. Le silence se fit dans la pièce. La tête de la journaliste apparut en grand écran. Elle avait la quarantaine, brune, les lunettes sur le nez et le nez dans ses fiches. Un sourire de mise posé sur le visage, elle présenta ses invités en parlant de leurs débuts en Allemagne, de leur jeunesse, et de leurs albums... puis la caméra fit un fond d'images et le groupe apparut à ses côtés.
Le regard de Bill transperça l'écran. Sara vit Bill tel qu'il était : un beau jeune homme, cheveux noirs, mèches blanches. Sa veste de cuir noire, par dessus un t-shirt rouge avec des ailes argentées, retombait sur sa taille fine. Son pantalon noir se découpait sous les lumières des spots du studio. Il avait de l'allure et en imposait.
Tom, quant à lui, portait des vêtemens dix fois trop grands pour lui mais en même temps cela lui donnait un côté tranquille et sûr de lui. Son air mutin cachait un caractère bien trempé. Bill et lui se ressemblaient tellement. Leur caractère aussi, bien que Bill cachait moins ses émotions que Tom. Ils se complétaient.
Gustav était la force tranquille et silencieuse du groupe. Il était en quelque sorte la soupape de sécurité quand l'explosion était imminente. Son mauvais caractère faisait parfois des étincelles avec celui des autres mais leur amitié solide était inébranlable.
Georg était un peu le fou du roi dans ce quatuor. Toujours un demi-sourire sur le visage, des yeux rieurs, blaguant avec Tom sur de supposés mauvaises odeurs ou tentatives d'approches de filles, il était une sorte de second frère « d'adoption » pour Tom. Leur joute verbale entre lui et Tom animaient toujours les interviews et les illuminaient.
Sara voyait tout ça car elle les connaissait mais quelqu'un d'extérieur, que voyait-il? Quatre gamins pétés de thunes faisant hurler des gamines et n'ayant pour talent que leur physique de frimeurs... C'était le moment où jamais pour eux de se montrer en France tels qu'ils étaient ou du moins d'essayer : ils vivaient pour leur musique. Le reste n'avait pas d'importance...
Sur le plateau, Bil se demandait ce qu'il faisait là. Le stress le gagna. Il adorait parler de leur musique mais dès que le sujet déviait sur le groupe, c'était à chaque fois des questions si personnelles et si indiscrètes que cela en devenait gênant. Leurs fans savaient qui ils étaient et les aimaient pour leur musique et pour eux, ils n'avaient pas besoin d'en savoir plus. Eux au moins respectaient un tant soit peu leur vie.
Une traductrice était avec eux sur le plateau si jamais Bill ou l'un d'eux ne comprenait pas une question.. Elle serait le lien entre le groupe et la journaliste.
La présentatrice parlait, parlait... puis s'adressa enfin à eux :
- bonjour messieurs!
- guten tag!
- Bill, vous êtes le leader du groupe. Comment ressentez-vous cette soudaine notoriété en France?
- hé bien nous sommes -en tant que groupe- enchantés. Nous n'aurions jamais cru percer un jour en France.
- en effet, surtout avec des paroles allemandes...
- oui, c'est vrai. C'est incroyable cet engouement des fans français envers nous!
- surtout les petites françaises...
- oui. Ce pays a vraiment du charme. J'adore la France -et les petites françaises...
- vous parlez très bien français!
- j'ai suivi des cours et Tom, Gustav et Georg aussi. Et merci. Nous apprenons chaque jour un peu plus votre langue.
- de prochaines dates de concerts sont prévues en France, c'est cela ?
- oui nous faisons Paris Bercy dès la semaine prochaine.
Le coeur de Sara se serra à cette évocation de leur prochain départ.
- et deux soirs d'affilée! chapeau!
- oui. Tout cela c'est grâce à nos fans. Sans eux, nous n'en serions pas là.
- votre famille ne vous manque pas trop?
- si bien sûr, chaque jour...
- Croyez-vous pouvoir un jour repartir en Allemagne sans plus être les Tokio Hotel?
Tom prit la parole :
- nous seront toujours TH quoiqu'il arrive. La musique fait partie de nous. Elle est là, fit-il en montrant son coeur, et nous la transmettons à travers nos chansons.
- hé bien, je prends la balle au bond : votre musique s'adresse à des adolescentes. Pour toucher plus facilement un public déjà rendu à votre cause?
La question n'était pas dans les fiches données... David arrêta presque de respirer.
- je ne comprends pas le sens de votre question, fit Bill en regardant la traductrice.
La journaliste ne lui laissa pas le temps de traduire et continua sur sa lancée :
- je veux dire par là : des adolescentes sont très « faciles » à manier... Vos chansons ne sont-elles pas écrites justement pour les toucher elles et ainsi pour avoir un plus large public, c'est-à-dire les jeunes filles en fleur ? Car elles sont nombreuses, ajouta-t-elle avec un regard acéré.
- votre sous-entendu n' honore pas nos fans. Si elles aiment nos chansons, c'est d'abord parce que les paroles les touchent. Mais comme elles touchent aussi des adultes. Le divorce, le suicide, l'amour, cela touche tout le monde et, cela, quelque soit l'âge. Nous avons aussi des fans adultes et nous les en remercions ! Grâce à nous, et grâce à eux, la musique devient intergénérationelle. Tout comme elle l'a été avec les Beatles ou les Rolling Stones ou encore il n'y a pas si longtemps avec de nombreux artistes... En tout cas, je le vois comme ça...
David émit un ricanement :
- bravo, Bill !! Tu l'as mouché!
La journaliste reprit contenance. Ce jeune homme n'était pas facile à combattre mais elle avait les « armes » qu'il fallait.
- abordons un aspect plus personnel.
Seule Sara, de la loge, vit les ongles de Bill s'enfoncer légèrement dans le cuir du siège où il était assis.
- nous avons en notre possession certaines photos de vous avec une jeune femme. Pouvez-vous nous en dire plus ? Vous semblez très proches...
L'écran afficha alors des photos de Bill avec Sara. Leurs regards en disaient longs... Leurs gestes aussi. Sara se redressa sur son siège. Voir sa vie affichée aux yeux des téléspectateurs était autre chose que d'être devant des fans. Et la dernière fois s'était mal passée. Elle en avait été blessée. Elle vit le regard de Bill changer.
- cette partie de ma vie est privée..., rétorqua Bill, son regard glacial passant sur la femme en face de lui.
- hé bien, s'afficher avec cette jeune fille n'est plus du domaine du privé dès lors que vous passez la porte de l'hôtel, n'est-ce pas?..., contrecarra la journaliste avec un demi-sourire narquois.
Sara entendit alors David jurer doucement :
- la garce...
















