La scène fut immobile pendant quelques secondes : Bill, devant la porte de la salle de bain, était devenu une statue de pierre devant la fureur de son frère, Tom qui tenait la jeune femme à la gorge, ses yeux furieux, prêt à se battre. Sara, qui, collée au mur, telle une poupée, affrontait la colère du frère de Bill...
Puis Bill s'avança et se posta devant les deux personnes qu'il aimait le plus au monde. Devant les yeux furieux de Tom, il hésitait à intervenir. Si Tom était dans un tel état, c'était vraiment parce que les choses étaient importantes. Il ne s'en serait jamais pris à Sara sachant ce que Bill ressentait pour elle. Ils en avaient un peu parlé tous les deux. Bill se posait énormément de questions sur ses sentiments envers la jeune femme. Mais avait minimisé les sentiments qu'il ressentait vraiment pour Sara, par peur que Tom ne le traite en petit frère à protéger et cela n 'avait pas manqué : Tom lui avait dit de ne pas s'attacher, que tout aurait une fin, qu'ils ne connaissaient pas vraiment Sara. Il l'avait mis en garde et Bill ne l'avait pas écouté, enfin pas tout à fait... Il n'avait tout simplement pas voulu y croire. Sara était une jeune femme tellement adorable, sincère et touchante. Elle ne pouvait pas être « machiavélique ». Et devant le geste fou de Tom, son frère qu'il connaissait si bien comme un autre lui-même, il se posa aussi la question : qui était vraiment Sara?
Il posa une main sur le bras tendu de Tom, celui-ci alors tourna ses yeux vers lui, et alors son regard changea totalement, il se radoucit d'un coup puis Bill y vit une douleur, comme si Tom s'excusait de son geste. Il y vit aussi de la peine. Son frère alors lâcha Sara, qui resta sans bouger, et alla ramasser le journal qui était tombé quand il était entré. Et le tendit à Bill. Puis il s'appuya lui aussi contre le mur à côté de Sara, releva une jambe qu'il appuya au mur, croisa les bras et attendit, les yeux fixés sur Bill, ignorant superbement la jeune femme...
Bill n'eut alors d'autre choix que de déplier le journal. C'était le « Sud-Ouest », un journal d'informations régional. Ce qu'il vit en premier, c'était le gros titre en première page, inratable : « Notre journaliste agressée lors d'une fête! » avec en-dessous 3 photos suivant une chronologie très précise : la sortie du château de Sara avec Bill, la bousculade des fans et la dernière : Sara contre le mur, choquée, en sang, seule... Mais Bill resta fixer avec incrédulité sur ce mot : « journaliste » puis il releva les yeux sur Sara. Ce n'était pas possible, pas elle... Elle le regarda comme une proie prise au piège et demandant pitié au prédateur. Bill durcit alors son regard, il venait d'être touché au coeur et il se sentait trahi, pire, frappé par une arme qui avait pour nom Sara. Il ne se laisserait pas attendrir!
Il lut l'article en entier :
« Hier soir, notre journaliste Sara W., arrivant à se faire accepter au coeur du clan Tokio Hotel, s'est faite agressée par des fans en furie, attisées dans leur fanatisme par la sortie de leur chanteur vedette, Bill K, à la sortie d'une fête organisée par le richissime propriétaire viticole Paul Williams. La jeune femme, paraissant grièvement blessée, n'a pas été emmenée aux urgences et a été forcée à retourner à l'intérieur du château sous la bonne garde des agents de sécurité allemands et des 4 membres du groupe. L'arrivée, quelques minutes plus tard, de leur producteur a été suivie par le départ en voiture de toutes les personnes présentes qui ont fini la soirée à l'hôtel du clan allemand! Nous attendons des nouvelles de mademoiselle W. Nous vous tiendrons informés dès que possible de la suite de cet incident et de la santé de notre journaliste... » M.J.
Bill n'arriva pas à relever les yeux. Sa tête tournait ! Il revit chaque minute passée avec Sara... Il avait dit des choses, elle avait vu des choses. Il lui avait ouvert son intimité, son espace personnel, son groupe, son univers, ses amis... Il lui avait presque ouvert son coeur... et c'était une journaliste! Pourquoi? Et surtout comment? Comment aurait-elle pu savoir qu'il passerait sur ce pont ce soir-là, qu'il s'arrêterait? Comment avait-elle fait pour avoir ces larmes dans les yeux, comment avait-elle fait pour qu'il croit vraiment qu'elle allait sauter? Aurait-elle sauter pour mettre un peu plus de piquant à son article? Il ne connaissait pas ce fleuve après tout, peut être ne se serait-elle juste que trempée, pas blessée ou tuée... Un journaliste était capable de tout, il en avait eu un très mauvais aperçu en Allemagne. Mais aucun n'avait été jusqu'à dépasser autant les limites pour avoir son gros titre et son heure de gloire!
Le silence devenait pesant. Sara regardait Bill. Toutes les expressions qui passaient sur son visage lui faisaient mal. Elle voyait sa souffrance, son dégoût de sa trahison. Elle aurait dû lui dire, elle auraît dû... Mais elle n'avait pas pu! Et maintenant Bill allait la haïr... Mais qu'y avait-il de marqué dans cet article? Elle massacrerait l'auteur de l'article! Mais elle devait d'abord parler à Bill, lui dire que...
- Sors ! , résonna dans la pièce.
Sara sursauta sous le ton froid de cet ordre.
- non! attends! laisse-moi t'expliquer...! dit Sara au bord des larmes en tendant la main vers Bill.
- DEHORS SALETé DE JOURNALISTE!! cria-t-il hors de contrôle, ses yeux la fixant un instant. Ils auraient été une arme, elle serait morte. Puis il se détourna d'elle et lui tourna le dos, se retrouvant face à son frère, toujours dans la même position. Sara hésita et murmura :
- Bill, s'il te plait, ce n'est pas ce que tu crois...
Bill ne bougea pas, ne fit pas un geste. Tom, alors jusque là immobile, se détacha lentement du mur, prit délicatement le journal de la main de son frère et le jeta à Sara, qui l'attrapa au vol, puis il la fixa durement, lui faisant comprendre qu'elle n'avait pas d'autre choix que de partir et sans discuter. Cétait clair. Résignée, Sara, vêtue de son simple t-shirt, prit sa robe, ses affaires, serrant tout contre sa poitrine, comme une protection, et recula vers la porte, le regard fixé sur le dos de Bill. Résignée, elle se retourna vers la porte et se retrouva alors nez à nez avec tout le reste du groupe : Georg, Gustav, David, Elyn, Eve et Fanny. Alertés par le cri de Bill, deux des gardes du corps étaient aussi là.
Leurs yeux étaient tous fixés sur Sara. Et tous exprimés la même chose : le dégoût...