samedi 27 décembre 2008

Ep. 55 : L'interview.




La télévision dans la loge à ce moment là passa un écran de publicité. Le silence se fit dans la pièce. La tête de la journaliste apparut en grand écran. Elle avait la quarantaine, brune, les lunettes sur le nez et le nez dans ses fiches. Un sourire de mise posé sur le visage, elle présenta ses invités en parlant de leurs débuts en Allemagne, de leur jeunesse, et de leurs albums... puis la caméra fit un fond d'images et le groupe apparut à ses côtés.
Le regard de Bill transperça l'écran. Sara vit Bill tel qu'il était : un beau jeune homme, cheveux noirs, mèches blanches. Sa veste de cuir noire, par dessus un t-shirt rouge avec des ailes argentées, retombait sur sa taille fine. Son pantalon noir se découpait sous les lumières des spots du studio. Il avait de l'allure et en imposait.
Tom, quant à lui, portait des vêtemens dix fois trop grands pour lui mais en même temps cela lui donnait un côté tranquille et sûr de lui. Son air mutin cachait un caractère bien trempé. Bill et lui se ressemblaient tellement. Leur caractère aussi, bien que Bill cachait moins ses émotions que Tom. Ils se complétaient.
Gustav était la force tranquille et silencieuse du groupe. Il était en quelque sorte la soupape de sécurité quand l'explosion était imminente. Son mauvais caractère faisait parfois des étincelles avec celui des autres mais leur amitié solide était inébranlable.
Georg était un peu le fou du roi dans ce quatuor. Toujours un demi-sourire sur le visage, des yeux rieurs, blaguant avec Tom sur de supposés mauvaises odeurs ou tentatives d'approches de filles, il était une sorte de second frère « d'adoption » pour Tom. Leur joute verbale entre lui et Tom animaient toujours les interviews et les illuminaient.
Sara voyait tout ça car elle les connaissait mais quelqu'un d'extérieur, que voyait-il? Quatre gamins pétés de thunes faisant hurler des gamines et n'ayant pour talent que leur physique de frimeurs... C'était le moment où jamais pour eux de se montrer en France tels qu'ils étaient ou du moins d'essayer : ils vivaient pour leur musique. Le reste n'avait pas d'importance...

Sur le plateau, Bil se demandait ce qu'il faisait là. Le stress le gagna. Il adorait parler de leur musique mais dès que le sujet déviait sur le groupe, c'était à chaque fois des questions si personnelles et si indiscrètes que cela en devenait gênant. Leurs fans savaient qui ils étaient et les aimaient pour leur musique et pour eux, ils n'avaient pas besoin d'en savoir plus. Eux au moins respectaient un tant soit peu leur vie.

Une traductrice était avec eux sur le plateau si jamais Bill ou l'un d'eux ne comprenait pas une question.. Elle serait le lien entre le groupe et la journaliste.

La présentatrice parlait, parlait... puis s'adressa enfin à eux :

- bonjour messieurs!

- guten tag!

- Bill, vous êtes le leader du groupe. Comment ressentez-vous cette soudaine notoriété en France?

- hé bien nous sommes -en tant que groupe- enchantés. Nous n'aurions jamais cru percer un jour en France.

- en effet, surtout avec des paroles allemandes...

- oui, c'est vrai. C'est incroyable cet engouement des fans français envers nous!

- surtout les petites françaises...

- oui. Ce pays a vraiment du charme. J'adore la France -et les petites françaises...

- vous parlez très bien français!

- j'ai suivi des cours et Tom, Gustav et Georg aussi. Et merci. Nous apprenons chaque jour un peu plus votre langue.

- de prochaines dates de concerts sont prévues en France, c'est cela ?

- oui nous faisons Paris Bercy dès la semaine prochaine.

Le coeur de Sara se serra à cette évocation de leur prochain départ.

- et deux soirs d'affilée! chapeau!

- oui. Tout cela c'est grâce à nos fans. Sans eux, nous n'en serions pas là.

- votre famille ne vous manque pas trop?

- si bien sûr, chaque jour...

- Croyez-vous pouvoir un jour repartir en Allemagne sans plus être les Tokio Hotel?

Tom prit la parole :

- nous seront toujours TH quoiqu'il arrive. La musique fait partie de nous. Elle est là, fit-il en montrant son coeur, et nous la transmettons à travers nos chansons.

- hé bien, je prends la balle au bond : votre musique s'adresse à des adolescentes. Pour toucher plus facilement un public déjà rendu à votre cause?
La question n'était pas dans les fiches données... David arrêta presque de respirer.

- je ne comprends pas le sens de votre question, fit Bill en regardant la traductrice.

La journaliste ne lui laissa pas le temps de traduire et continua sur sa lancée :

- je veux dire par là : des adolescentes sont très « faciles » à manier... Vos chansons ne sont-elles pas écrites justement pour les toucher elles et ainsi pour avoir un plus large public, c'est-à-dire les jeunes filles en fleur ? Car elles sont nombreuses, ajouta-t-elle avec un regard acéré.

- votre sous-entendu n' honore pas nos fans. Si elles aiment nos chansons, c'est d'abord parce que les paroles les touchent. Mais comme elles touchent aussi des adultes. Le divorce, le suicide, l'amour, cela touche tout le monde et, cela, quelque soit l'âge. Nous avons aussi des fans adultes et nous les en remercions ! Grâce à nous, et grâce à eux, la musique devient intergénérationelle. Tout comme elle l'a été avec les Beatles ou les Rolling Stones ou encore il n'y a pas si longtemps avec de nombreux artistes... En tout cas, je le vois comme ça...

David émit un ricanement :

- bravo, Bill !! Tu l'as mouché!

La journaliste reprit contenance. Ce jeune homme n'était pas facile à combattre mais elle avait les « armes » qu'il fallait.

- abordons un aspect plus personnel.

Seule Sara, de la loge, vit les ongles de Bill s'enfoncer légèrement dans le cuir du siège où il était assis.

- nous avons en notre possession certaines photos de vous avec une jeune femme. Pouvez-vous nous en dire plus ? Vous semblez très proches...

L'écran afficha alors des photos de Bill avec Sara. Leurs regards en disaient longs... Leurs gestes aussi. Sara se redressa sur son siège. Voir sa vie affichée aux yeux des téléspectateurs était autre chose que d'être devant des fans. Et la dernière fois s'était mal passée. Elle en avait été blessée. Elle vit le regard de Bill changer.

- cette partie de ma vie est privée..., rétorqua Bill, son regard glacial passant sur la femme en face de lui.

- hé bien, s'afficher avec cette jeune fille n'est plus du domaine du privé dès lors que vous passez la porte de l'hôtel, n'est-ce pas?..., contrecarra la journaliste avec un demi-sourire narquois.

Sara entendit alors David jurer doucement :

- la garce...

Ep. 54 : Aveux




- Je l'ai engagé comme attachée de presse mais elle était aussi censée te surveiller.
- Je m'en doutais un peu... mais après la scène qu'elle m'a faite hier soir, je n'ai plus eu aucun doute...
- C'était mon idée. Les garçons n'y sont pour rien.
- ça, pour être une idée... Pourquoi ne pas me l'avoir demandé directement? Je vous aurai répondu.
- franchement Sara, je suis producteur pas agent secret... Mon principal souci est de prendre soin des garçons et, beaucoup le pensent de m'enrichir sur leur dos..., éclata de rire David.
- et moi de me faire faire un bébé par Bill..., enchaîna Sara en plaisantant.

David hoqueta et s'étrangla de rire. Sara aussi. L'atmosphère lourde avait disparu.

- Sara, j'ai une dernière chose à t'avouer...
- heu... oui quoi?
David alors regarda le miroir qui faisait face à Sara et hocha la tête. Devant l'hésitation de la jeune fille qui ne comprenait pas, David lui sourit pour l'apaiser.

- nous n'étions pas seuls Sara...

Dix secondes après, le groupe entra, suivi de Reden. Ils avouèrent avoir tout entendu dans la pièce à côté. Sara le prit finalement bien. Décidemment, c'était plutôt amusant de côtoyer ce groupe... Au moins, elle ne s'ennuyait pas avec eux !

Bill prit Sara dans ses bras et chuchota à son oreille :

- désolé pour tout ça, mon coeur...
- ne t'en fais pas... ce n'est pas grave... le principal c'est que je sois dans tes bras, le reste n'a aucune importance...

Bill embrassa la jeune femme sur la bouche. Elle lui répondit avec tout son coeur... Jusqu'à oublier qu'ils n'étaient pas seuls...

David se racla la gorge discrétement, un demi-sourire aux lèvres :

- hum hum...
- hé les tourtereaux ! enchaîna Tom mort de rire.

Bill et Sara alors, gênés, se retournèrent vers le groupe.

- désolé c'est l'émotion, plaisanta Bill.

- bon, puisque tout a l'air réglé, que diriez-vous d'aller à votre interview télévisuelle? dit David.
- ok Dav' ! repondirent en choeur Bill, Tom, Georg et Gustav.

Ils éclatèrent tous de rire. Au moment de sortir de la pièce, David glissa dicrétement à Sara :

- tu peux te joindre à nous si tu veux...

Elle le regarda au fond des yeux puis acquiésa :

- ce sera avec plaisir!

Bill resserra son étreinte autour de la taille de la jeune femme.

- à partir d'aujourd'hui : où je vais, tu vas..., lui murmura-t-il.
- j'irai où tu veux avec toi Bill...

Ils montèrent tous dans leur chambre se préparer et, une heure plus tard, ils se dirigeaient vers le plateau télé. La limousine noire traversa le centre de Bordeaux et se gara dans un parking privé. La chaîne M6 voulait un interview d'eux pour un de leur magazine musical. La notoriété du groupe avait dépassé les frontières de l'Allemagne et intriguait la curiosité de certains journalistes.

Le groupe fut accueilli par un jeune homme qui les dirigea vers une pièce où ils pouvaient se poser en attendant leur tour. Tom et Georg s'étalèrent de tout leur long sur les canapés disponibles.... Bill et Sara prirent les fauteuils tandis que Reden et David s'activaient en relisant les questions qui seraient posées.
David vint vers Bill et lui tendit des pages :
- Bill, tiens lis et réfléchis aux réponses que tu en feras.
- tu me laisses carte blanche?
- oui pour cette fois oui.
- hé ben! on dirait bien que tu ne nous prends plus pour des gamins!
- je ne vous ai jamais pris pour des gamins. Vous avez toujours su ce que vous vouliez. Vous n'étiez juste pas prêts à voler seuls...

Bill regarda David. Ce type était plus proche de lui que son propre père. Cela faisait des années qu'ils se côtoyaient et c'était aujourd'hui que David délaissait un peu sa carapace de dur pour montrer son vrai visage.

- ok, j'essaierai de ne pas te faire honte..., plaisanta Bill.

- ce n'est pas de moi que tu dois avoir peur mais de eux les journalistes.

- en gros, c'est à moi de faire mes preuves, c'est ça?

- fais comme tu le sens, Bill, j'ai confiance en toi... Et puis si tu perds pied, Tom, Georg ou Gustav seront là pour t'aider, n'est-ce pas les gars?

- ouais, Dav'!! répondirent en choeur les trois autres.

Sara éclata de rire. Ils étaient tellement tous solidaires. Son rire fut suivi de tous les autres. Cela détendit l'atmosphère. Ce groupe, en quelques jours, avait changé sa vie. Pourrait-elle les laisser partir sans se retourner? En aurait-elle le courage?

Sa main, inconsciemment, caressa la joue de Bill. Le regard chargé de tendresse qu'elle posait sur lui dérouta le jeune homme. Il courba la tête sous la caresse de la jeune femme. Il lui prit la main et l'embrassa au creux de la paume. Ils échangèrent un regard dont eux seuls pouvaient se rendre compte. Rempli d'amour, de confiance et de passion.

Puis Bill se leva, ajusta sa veste en cuir et lança à la cantonnade :

- allez les gars, en scène!

Ils sortirent tous les quatre et Bill se retourna et fit un clin d'oeil à Sara. La porte se referma.

Une télévision était dans la pièce, les filles et David pouvaient donc assister à l'interview depuis la loge. Laisser son poulain affronter « seul » l'arène n'était pas facile pour David. Il l'avait toujours coaché, épaulé. Aujourd'hui, la bride était lâchée. Le cheval sauvage s'élançait dans la vie.... David s'assit devant la télé, suivant tout de son point de vue et il commença à se ronger les ongles d'impatience, tendu à l'extrême...

Sara s'installa dans le fauteuil. La présence de Reden dans la pièce la mettait mal à l'aise. Celle-ci sentait le malaise de la jeune fille et alla vers elle. Elle se mit face à Sara, puis s'assit sur l'accoudoir du fauteuil.

Elle murmura vers Sara sans la regarder :

- Je suis désolée. Je n'ai pas aimé ce rôle d'espionne. J'ai juste voulu les protéger.

- Tu as juste voulu protéger ton emploi, Reden..., dit Sara assez sèchement.

- tu es dure...

- non, réaliste...

- écoute, Sara, pour tout te dire, j'ai une famille à nourrir. Cet emploi, c'est beaucoup pour moi. Mes enfants sont seuls en Allemagne chez ma mère. Alors si on me dit de te surveiller, pour mes enfants, je ferai n'importe quoi... et puis ce groupe... je m'y suis attachée.

- écoute on en parlera une autre fois, ok? Écoutons les garçons se dépatouiller...

- ok, comme tu voudras... cette journaliste a la réputation d'être assez tordue en plus...

Un silence s'installa. On n'entendait que David qui respirait fort comme si il allait s'étouffer d'anxiété. Les filles se regardèrent alors et échangèrent un regard compatissant pour David et tendues elles aussi pour les garçons.. Elles se sourirent de connivence...

- Reden?

- oui?

- je ne t'en veux pas vraiment, c'est juste que je n'ai pas aimé la façon de faire...

- je sais, Sara. Je sais... Je n'ai pas aimé le faire non plus, je te rassure...

lundi 1 décembre 2008

Ep. 53 : Le colis.




Deux heures après à l'hôtel...

Toute l'équipe du staff déjeunait. Une grande table était dressée au milieu de la salle à manger. De nombreux plats circulaient... Poulet, poissons, des légumes de toutes sortes, des desserts...
Reden était à côté de David et déjeunait en silence. Face à elle, Tom l'observait à la dérobée. Cette femme était tellement étrange. Si silencieuse et discrète. Elle attisait sa curiosité. Son statut d' « espionne » au sein du groupe ajoutait à l'intrigue. Il avait l'impression d'être dans un roman policier. Mais la soirée dernière, il l'avait aperçu trembler, paniquer, amenée à sa chambre, soutenue par David. Elle avait perdu sa carapace... Elle se révelait fragile. Mais la question qu'il se posait c'était pourquoi s'était-elle retrouvée avec Sara? Avait-elle découvert le secret de la jeune femme et dans ce cas-là pourquoi n'avoir rien dit? Par loyauté par rapport à ce qui s'était passé hier soir? Par solidarité féminine?

Décidemment, il ne comprendrait jamais les femmes... Il attaqua sa cuisse de poulet à grands coups de dents et ne se préoccupa plus de Reden.

Pourtant, s'il avait continué à l'observer, il se serait aperçu des regards que David et elle s'échangeaient discrétement.

Reden avait tout raconté à David : qu'elle avait vu Sara échanger un dossier dans le parc, qu'elle l'avait suivi, qu'elles en avaient parlé... et ce qui s'était passé par la suite... L'agression et l'arrivée des garçons. David l'avait écouté, n'avait pas bronché, n'avait rien dit. Il l'avait amené et laissé dans la chambre et était sorti. Elle ne l'avait revu qu'au moment de se mettre à table à treize heures. Elle l'observait elle aussi. Que pensait vraiment David? Pourquoi lui avoir demandé d' « espionner » Sara si en fait, il n'en avait que faire...? Cela cachait-il autre chose?

Le repas se finit très tard avec le café. Sara et Bill justement revenaient de leur sortie. Ils avaient un grand sourire et se tenaient par la main. David se demanda si il devait casser le rêve de Bill ou simplement le laisser vivre sa vie, et s'y brûler? Il devait d'abord parler à Sara.
Après que Bill et elle aient mangé, il vint trouver Sara et lui remit un colis : un coursier avait livré ce colis le matin même. Sara le prit. Sous le regard de David, elle devint rouge. Elle glissa le colis dans la pochette qu'elle portait toujours sur elle. Il lui glissa discrétement qu'il voulait la voir en privé. Cela n'étonna pas Sara. Elle jeta un regard sur Reden. Celle-ci la fixa puis détourna les yeux. Elle croisa le regard de Bill : la voyant suivre David, il se leva d'un coup et s'avança vers eux. Elle lui fit non d'un geste de la tête. Il hésita puis se rassit. Tom alors lui parla et Bill se tourna vers lui, non sans suivre des yeux sa petite amie et son producteur qui partaient vers la salle de réunion...

Sara suivit alors David... Le moment était peut être venu de tout dire...

Ils s'assirent en silence, l'un face à l'autre. David ne savait pas comment engager la conversation. Il avait l'habitude de diriger les gens mais là ça touchait le domaine personnel. Celui de Bill, celui du groupe...

- Sara... Il faut qu'on parle.
- je sais oui.

David releva la tête. Sara le regarda droit dans les yeux. Il devait reprendre le contrôle.

- que faisais-tu dans ce bois hier et qu'as-tu donné à ce type?
- alors on en est là? Je n'ai pas le droit d'avoir une vie privée?
- dès lors que tu as accepté de venir cette semaine ici, tu devais te doutais que ta vie n'aurait plus rien de personnel!
- je ne vous appartiens pas !
- non c'est vrai. Mais tu nous dois le respect. Et aussi l'hônneteté. Nous t'avons ouvert en quelque sorte la porte. Nous t'avons accepté parmi nous. Nous te cachons des choses, c'est vrai, mais tu comprendras que l'on ne te connait que depuis quelques semaines...
- et vous comprendrez que moi aussi je n'ai pas envie que vous sachiez tout de moi! Mais je vais vous faire un cadeau. Je vais vous dire ce que vous voulez savoir. Je ne voulais rien dire avant que tout soit bouclé. Mais ce qui s'est passé hier soir m'a ouvert pas mal les yeux. J'ai risqué par deux fois ma vie depuis que je connais le groupe. Je sais pas si je supporterai ça une autre fois... La vie est ce qu'elle est. On ne la contrôle pas.

Elle sortit le colis de sa pochette et le glissa sur la table en direction de David.

- Voilà mon côté personnel...

David hésita pourtant. Ils partaient tous dans deux jours... Quelle importance maintenant de savoir qui était Sara... Ils ne la reverraient pas.

- allez-y, ouvrez-le...

Sa curiosité prenant le dessus, David prit alors le colis. C'était un colis fin mais assez large. Il l'ouvrit.

Ses yeux s'écarquilla quand il ouvrit le paquet. Il en sortit un grand livre.

- Sara, mais ... mais...
Il n'avait plus de mots. Elle le regardait d'un air bizarre. D'un air fier.
- alors?
- hé bien, c'est un très beau livre mais je ne comprends pas ...
- regardez le nom du photographe...
David ouvrit le livre et lut le nom. Il releva les yeux, surpris. Puis il commença à feuilleter le livre. Cela dura dix bonnes minutes. Le silence se fit dans la pièce tandis qu'il regardait chaque page et chaque photo.
Elle attendit qu'il atteigne les dernières pages. Il regarda un moment les deux dernières photos.
- c'est toi qui a fait ça?
- oui.
- ce livre est superbe, Sara.
- merci.

La voix de Sara était tendue. Ils avaient douté d'elle. Puis son visage changea, elle s'adoucit. Pourquoi leur en vouloir? Ils n'avaient pas tort de ne pas lui faire confiance. Elle était une inconnue pour eux y a encore deux semaines.

David lui remit le livre. Dès que Sara l'eut en main, elle ressentit une immense fierté. Elle-même le feuilleta et admira son oeuvre, son bébé.

C'était un livre de photos. Mais des photos bien particulières. Des photos de visages. Des visages pris sur le vif, des photos de personnes dans la rue. Mais la dernière était spéciale. C'était une photo de Bill. Naturel, souriant, libre. Cette photo éclatait de bonheur. Il regardait le viseur de l'appareil photo avec des yeux rieurs. Il paraissait tellement naturel sur cette photo. Sara sourit et caressa de ses doigts cette image de Bill. Elle se rappella chaque seconde du moment où elle l'avait prise. Bill avait accepté qu'elle prenne la photo et il avait blagué.

La photo qui était sur l'autre page avait été prise à l'insu de Bill. Elle l'avait prise au concert à Bordeaux. Il était de profil, sérieux. Son regard portait loin devant lui. On aurait dit une statue grecque immortalisée. Il était si beau et en même temps, il paraissait fragile, inaccessible, lointain... comme s'il vivait sur un autre monde. Le fond avait été flouté, ce qui accentuait les détails du visage. Il était maquillé, ses yeux soulignés de noir. Sa bouche rose était humide, comme s'il venait de se passer la langue dessus. Ses yeux marrons semblait fixer un point au loin. C'était les photos d'une même personne, si différente sur le papier... Deux visages d'une même personne... Bill...



Sara releva les yeux vers David et murmura :

- Je vous l'ai caché car je n'étais pas sûre de moi. Je ne voulais pas que vous me voyiez encore comme une journaliste à la recherche de son scoop. Je ne suis plus cette personne ... Je suis juste Sara. Juste moi. Et ce livre, c'est ma nouvelle vie. Hier, le dossier que j'ai donné à Peter, le garçon dans le bois, ce sont des photos de Bordeaux. Mes photos. Pour un nouveau livre. Mais cette fois, vous le saurez.
- Oui Sara. C'est un travail vraiment magnifique que tu as fait. Les photos de Bill sont extraordinaires. Tu as beaucoup de talent. Je suis sûr que tu iras loin.
- Merci, mais je n'en mérite pas autant. Si j'en suis arrivée là, c'est grâce à un concours de circonstance, par la mort de quelqu'un... Cela m'a énormément touché. C'est grâce à ça que je suis devenue celle que je suis... et grâce à Bill, ajouta-t-elle à voix basse.
David en avait assez de cet interrogatoire. Il mit les deux mains sur le bureau :
- hé bien, Sara, je pense que notre entretien est fini...
- non pas tout à fait..., le coupa Sara.

Déjà à moitié levé de sa chaise, David haussa un sourcil. Sara dit alors, les yeux baissés :

- Reden n'est pas qu'une simple attachée de presse, n'est-ce pas?...

David se rassit, dans un soupir. Il aurait pu mentir. Il aurait pu nier. Mais il lui devait la vérité :

- non, elle n'est pas que ça...